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Pour la création d’une nouvelle Blockchain consacrée à la neutralisation de la pollution des voyages en avion

Pour la création d’une nouvelle Blockchain consacrée à la neutralisation de la pollution des voyages en avion

Quiconque voyage en avion devrait savoir que, d’une part, il contribue au réchauffement climatique et que, d’autre part, il peut neutraliser sa pollution atmosphérique en achetant des crédits de carbone.

C’est pourtant ce qu’ignorait, en guise d’illustration, une collègue professeure au Département des sciences comptables de l’UQAM lorsqu’elle m’a récemment informé qu’elle se préparait pour une conférence académique à l’Université de Nice en France.

Ainsi, lorsque je lui ai aimablement rappelé que sa sensibilité écologique ne cadrait guère avec le flux de gaz à effet de serre qu’éjecterait son voyage outre-mer, elle m’a alors répondu :  « Oui mais je n’y peux rien, j’aimerais bien mieux y aller en vélo ou en bateau. »  Et moi de lui rétorquer : « Mais si, tu y peux quelque chose, puisque tu pourrais, sur une base volontaire, acheter des crédits de carbone en guise de compensation à la pollution de ton voyage en avion. »

« Ah oui, s’exclame-t-elle, mais combien ça me coûterait ? »  Le lendemain, après une laborieuse recherche sur Internet, j’avais alors trouvé la réponse à sa question, soit 45 $.

Mon estimation de ces 45 $ de compensation carbone

Sur le site web Climate+Care, on apprend qu’un aller-retour Montréal-Paris émet 1,5 tonne de CO2, l’équivalent des émissions moyennes d’une petite voiture à essence pendant un an.

En complément, sur le site web Planetair, le coût moyen pour compenser chaque tonne d’émission de dioxyde de carbone (CO2) y est évalué à 26.83 $ CAD.

On trouve également sur Internet que la distance entre Montréal et Paris à vol d’oiseau est de 5 502 kilomètres, à laquelle il faut ajouter les 688 kilomètres de Paris à Nice, pour un grand total aller-retour de 12 380 kilomètres.

Il suffit dès lors d’appliquer une simple règle de trois pour trouver que ces 12 380 kilomètres correspondent à une compensation carbone de 45 $ CAD, soit 4 % de la facture toutes taxes incluses de 1 104.40 $ pour ce voyage.

Nouvelle ligne directe en avion de Montréal à Tokyo

Air Canada a tout récemment ouvert, à compter du 1er juin 2018, de nouveaux vols sans escale entre Montréal et Tokyo offerts toute l’année avec 3 classes disponibles dont la plus luxueuse, celle des affaires internationales, se vend 7 385.38 $ CAD pour un vol aller-retour.

Se pose dès lors la double question de savoir combien chacun de ces vols aller-retour générera de CO2, et combien de crédits carbone seraient nécessaires pour compenser cette pollution.

Une consultation Internet m’a appris que la distance à vol d’oiseau entre Montréal et Tokyo est de 10 383 kilomètres, donc 20 766 kilomètres pour l’aller-retour.

Sur la même base de calcul que précédemment, on obtient alors une compensation carbone de 76 $ CAD, laquelle équivaut à un supplément de « responsabilité écologique » de 1 % du billet d’avion.

Affectation internationale des crédits de carbone

L’empreinte carbone des déplacements en avion est mondialement responsable d’environ 4 % des émissions de CO2, lesquelles augmentent au rythme de croissance moyen de 5 % par an du trafic aérien.

Pour neutraliser cette pollution carbone, il existe dans le monde plus de 140 organismes de vente de crédits compensatoires de carbone – dont la valeur unitaire peut varier de 20 à 50 $ US – qui servent à réduire, en notre nom, les émissions de gaz à effet de serre que nous générons.

Cependant, tous ces crédits compensatoires de carbone ne sont pas de qualité équivalente car il en existe deux grandes catégories :

A) ceux qui retirent de l’atmosphère des gaz à effet de serre par voie de séquestration du carbone via, par exemple, la plantation d’arbres, la protection des forêts ou la gestion améliorée des sols et

B) les crédits de carbone permettant de diminuer les émissions de gaz à effet de serre, notamment en recourant à des énergies renouvelables, ou en améliorant l’efficacité énergétique, ou en changeant de carburant.

De plus, comme nous l’avons déjà vu pour Planetair à titre de vendeur de crédits compensatoires de carbone, la rapidité, la fiabilité et la qualité de leurs services laissent souvent à désirer, ce qui a m’a alors amené à imaginer la création…

… d’un nouveau service international de vente de crédits compensatoires de carbone via une Blockchain mondialement dédiée à la neutralisation de la pollution des voyages en avion.

Originalité et utilité de la création d’une nouvelle Blockchain

Les Blockchains – ou chaînes de blocs, en français – sont des bases de données numériques, décentralisées et infalsifiables du fait qu’elles sont produites à partir d’équipements informatiques de cryptographie ; sa méthode de traitement algorithmique a été historiquement créée pour enregistrer et suivre les transactions de la cryptomonnaie Bitcoin, elle-même inventée en 2008, et subséquemment imitée par plus de 1500 autres cryptomonnaies dont l’éther est la 2ème plus importante.

En somme, une Blockchain est toute une nouvelle technologie

« révolutionnaire » (à titre d’« innovation de rupture ») de stockage et de transmission d’informations qui est à la fois transparente, sécurisée, inaltérable, fonctionnant sans organe central de contrôle et qui constitue une base de données contenant l’historique de tous les échanges antérieurs.

Cette technologie révolutionnaire a depuis été adaptée et appliquée dans de nombreux autres secteurs tels les assurances, les services financiers, la gestion des chaînes d’approvisionnement de marchandises (permettant leur traçabilité complète allant du producteur initial au consommateur final), la musique et l’énergie.

Plus spécifiquement, notre Blockchain serait principalement dédiée à l’empreinte carbone des déplacements en avion et à la vente de crédits compensatoires de carbone.

Elle sélectionnerait – parmi tous les types de crédits compensatoires de carbone disponibles dans le monde – les plus adéquats en qualité et en coût, et pourrait émettre au nom de chaque acheteur, pour fin éventuelle de remboursement par l’employeur, une attestation certifiant l’authenticité de chaque transaction d’achat de crédits de carbone.

 

Daniel Clapin-Pépin MBA, Scol.Ph.D. (Science-Po)
Professeur à l’École des sciences de la gestion
Université du Québec à Montréal
Département des sciences comptables

1 Commentaire

  1. écolol

    La blockchain n’est-elle pas un gouffre énergétique ? Il faudrait rajouter à la compensation carbone du voyage en avion, celle des serveurs de minage, dont beaucoup sont en Chine, et tournent donc essentiellement… au charbon. Miam !

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