Altermondialisme

Vers une révolution de la pratique comptable via la technologie Blockchain et la création d’une nouvelle « comptabilité en partie triple »

Vers une révolution de la pratique comptable via la technologie Blockchain et la création d’une nouvelle « comptabilité en partie triple »

Depuis l’émergence, en 2008, de la nouvelle technologie Blockchain (décrite plus loin), le vieil adage « Rien de nouveau sous le soleil! » est tombé en désuétude pour tous les gestionnaires et comptables du monde entier.

En effet, c’est à partir du 14ème siècle que tous les praticiens comptables appliquent sans relâche les mêmes règles strictes de Luca Pacioli, mathématicien-frère florentin et père conceptuel de la comptabilité en partie double présentée en 1494 dans l’un des chapitres de son traité magistral « Summa de Arithmetica ».

Aussi, après avoir résisté à l’épreuve du temps pendant 6 siècles, il peut sembler incongru de prétendre qu’une révolution est en voie de bouleverser une pratique comptable aussi vieille, mais c’est bel et bien ce que la Blockchain est en train de réaliser avec la nouvelle technologie dénommée « comptabilité en partie triple ».

Cette technologie est littéralement « révolutionnaire » au sens où elle permet la mise en oeuvre d’un tout nouveau modèle comptable où toutes les transactions concernant les tierces parties (notamment les vérificateurs commerciaux externes ou fiscaux) sont officiellement d’abord cryptées puis enregistrées et authentifiées  de manière infalsifiable/inviolable avec, en sus, pour toute opération de vente/achat, une contrepartie financière (soit en cryptomonnaie tel le bitcoin soit en monnaie classique comme le dollar ou l’euro) qui est déclenchée automatiquement et appliquée au moment de la livraison du matériel ou du service.

 

De la comptabilité en partie double à la partie triple

 

Illustrons tout d’abord la comptabilité en partie double (laquelle gouverne toutes les entreprises et organisations du monde entier depuis les 6 derniers siècles) avec un exemple concret, soit la  vente de stock (payable au comptant en dollars canadiens au moment de la livraison) de la compagnie chinoise JKL pour un total de 12 345 dollars canadiens à la firme québécoise PQR avec livraison du matériel le 21 octobre 2019 (jour des élections fédérales du Canada) au port de Québec.

D’une part, conventionnellement, la compagnie chinoise JKL enregistrera dans ses registres comptables l’écriture comptable suivante au moment de la livraison le 21 octobre 2019 :

 

DébitCrédit
Banque 12 345 $ CAN.
à Ventes   12 345  $ CAN.

 

D’autre part, de son côté, la firme québécoise PQR reflètera cette transaction par l’enregistrement comptable suivant lors de la réception de son stock le 21 octobre 2019 :

 

DébitCrédit
Stock 12 345 $ CAN.
à Banque   12 345  $ CAN.

    

Or, en sus de ces deux derniers enregistrements comptables affectant individuellement chacune des deux entreprises JKL et PQR, il est dorénavant possible, grâce à la technologie Blockchain (nous y revenons plus loin), de refléter la même transaction avec un troisième enregistrement affectant cette fois les deux entreprises ensemble comme suit :

 

DébitCrédit
Stock (pour la firme PQR)  12 345 $ CAN.
à Ventes (pour la firme JKL)   12 345  $ CAN.

      

Or, c’est précisément ce troisième enregistrement comptable qui correspond à cette nouvelle technologie dénommée « comptabilité en partie triple ».

Cette technologie permet l’émergence d’un nouveau modèle comptable où toutes les écritures comptables de ce type sont scellées, c’est-à-dire cryptées et contrôlées par un troisième niveau d’entrée via une Blockchain définie plus loin.

Le qualificatif de « révolutionnaire » s’applique littéralement à cette nouvelle approche dans le sens où elle garantit à l’ensemble des acteurs en présence (vendeurs, acheteurs, y incluant leurs vérificateurs commerciaux ou fiscaux) qu’une transaction – telle la vente d’un immeuble (voir plus loin le cas de la Thaïlande) ou un transfert de titres de propriété (telles des actions ou des obligations) – est bel et bien officiellement enregistrée :

A) de manière infalsifiable,
B) réelle et
C) authentique avec, à la clé,
D) une contrepartie financière déclenchée automatiquement lors de la livraison du matériel ou du service ou du transfert de titres de propriété.


À propos de la Blockchain

 

Les Blockchains – ou chaînes de blocs, en français – sont des bases de données numériques, décentralisées et infalsifiables du fait qu’elles sont produites à partir d’équipements informatiques de cryptographie ; sa méthode de traitement algorithmique a été historiquement créée pour enregistrer et suivre les transactions de la cryptomonnaie Bitcoin, elle-même inventée en 2008, et subséquemment imitée par plus de 1500 autres cryptomonnaies dont l’Ethereum est la 2ème plus importante.

En somme, une Blockchain est une nouvelle technologie « révolutionnaire » (à titre d’« innovation de rupture ») de stockage et de transmission d’informations qui est à la fois transparente, sécurisée, inaltérable, fonctionnant sans organe central de contrôle et qui constitue une base de données contenant l’historique de tous les échanges antérieurs.

Cette technologie révolutionnaire a depuis été adaptée et appliquée dans de nombreux autres secteurs tels les assurances, les services financiers, la gestion des chaînes d’approvisionnement de marchandises (permettant leur traçabilité complète allant du producteur initial au consommateur final), la musique, l’énergie et les transactions immobilières avec transferts de titres de propriété tels que discuté ci-après.

 

Le cas de la Thaïlande dans le domaine de l’immobilier

 

Pour tous ceux qui s’intéressent aux derniers développements technologiques déployés en Asie du Sud Est, je leur recommande de lire ce récent article du 2 septembre 2019 où l’on réfère à  un article du Bangkok Post expliquant que l’enjeu de la Blockchain sera de faciliter l’accès au marché pour les investisseurs, car chaque bien immobilier pourra être divisé en parts ou “tokenisé” (les informations suivantes sont extraites de cet article ci-devant référé).

“Tokeniser” l’immobilier, c’est partager la valeur du bien immobilier en un nombre défini d’unités de “tokens” de cryptomonnaies (tel le Bitcoin), qui sont détenues par plusieurs investisseurs.  Par exemple, un bâtiment d’une valeur de 1 000 000 $ serait divisé en 100 Tokens d’une valeur de 10 000 $ chacun équivalent à 1% de la propriété du bien. En achetant seulement 1 ou 2 Tokens, l’investisseur possède 1 ou 2% du bâtiment : ainsi, l’immobilier est divisé en parts et les barrières de prix sont réduites.

(…) Selon Blockchain France, acheter une propriété via la Blockchain permet, dans un premier temps, de réduire le nombre d’intermédiaires et de rendre le processus plus rapide : pas besoin de signer un contrat papier. Le contrat de vente est crypté sur la blockchain et l’attestation de vente est remise dès réception du paiement, de manière horodatée, immuable et incontestable.

Cette information est transparente : tous les utilisateurs du réseau peuvent accéder à l’historique de telle ou telle propriété. Dans l’exemple d’un building tokenisé, on peut donc savoir qui détient combien de tokens (et donc de parts) en consultant l’historique du réseau et des transactions. Cette transparence permet également une meilleure traçabilité pour la répression des fraudes.

 

Daniel Clapin-Pépin MBA, Scol.Ph.D. (Science-Po)
Professeur à l’École des sciences de la gestion
Université du Québec à Montréal
Département des sciences comptables

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